French – Cimetière Nouvelliste 7.2.2004

Non aux cimetières religieux

Sami aldeeb

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Afin de sauvegarder la paix confessionnelle entre catholiques et protestants, la Constitution suisse de 1874 a retiré aux autorités religieuses quatre prérogatives: les registres de l’état civil, le mariage, les juridictions et les cimetières. Un projet de loi de 1880 (produit dans notre récent livre: «Cimetière musulman en Occident», L’Harmattan, Paris, 2002) avait même envisagé de mettre fin dans les dix ans à tous les cimetières religieux, mais le Conseil fédéral a estimé qu’il vaut mieux laisser agir le temps, tout en affirmant, chaque fois que la situation se présentait, sa foi dans le fait «qu’un cimetière commun, sans distinction de confessions, est le système le plus conforme à l’égalité des citoyens et le meilleur de tous pour tempérer les contrastes religieux dans la vie».

Ainsi, progressivement, les cimetières catholiques et protestants sont devenus des lieux appartenant aux autorités civiles où toute personne, quelle que soit sa religion, a le droit de se faire enterrer. Les autorités religieuses catholiques et protestantes ne peuvent plus exclure un mort appartenant à une autre religion, un non-baptisé, un excommunié ou un suicidé. Les seuls cimetières religieux autorisés sont ceux des juifs dans certains cantons.

Invoquant l’exception juive, les musulmans, ainsi que d’autres communautés religieuses, revendiquent aujourd’hui un cimetière ou un carré réservé exclusivement à eux pour que leurs tombes soient séparées de celles des «mécréants». En attendant, 90% des musulmans qui meurent en Suisse sont rapatriés dans leur pays d’origine. Certains cantons ont cédé devant cette demande, d’autres pourraient le faire prochainement.

Cette abdication de la part des autorités cantonales met en danger la paix confessionnelle en Suisse. Elle est le résultat de l’oubli de l’histoire et d’une naïveté certaine. L’obtention d’un cimetière séparé n’est que le prélude à d’autres revendications qui vont contre le principe de la laïcité de l’État et du droit. Elle constitue en outre une violation du principe de l’égalité devant la mort et de la non-discrimination sur la base de la religion. On est en train d’accorder aux minorités religieuses ce qu’on a refusé à la majorité. Le plus navrant dans l’affaire est que les Églises, la Commission fédérale contre le racisme et des professeurs de droit soutiennent la revendication discriminatoire des musulmans. Si, aujourd’hui, un chrétien refuse l’enterrement d’un musulman près de lui, il sera traité de raciste. Pourquoi le contraire ne serait-il pas vrai?

Nous estimons qu’il est grand temps de réintroduire le projet de loi de 1880 sur le plan fédéral et de supprimer tous les cimetières religieux avant que la situation ne devienne incontrôlable.

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